« J’AI ÉTÉ élu pour trouver des solutions aux problèmes de la France, pas pour les commenter. » Dès ses premiers mots, Nicolas Sarkozy qui était hier l’invité de TF1 et de France 2, a voulu justifier les réformes qu’il avait annoncées au cours de la semaine. Premier sujet : les régimes spéciaux de retraite. Tout en se défendant de vouloir « stigmatiser ces catégories de Français qui ne sont pas coupables et qui ne sont pas des privilégiés », le chef de l’État a assuré qu’il « ne transigerait pas » sur l’objectif de parvenir à une durée de cotisations de quarante ans pour tout le monde. « C’est un principe d’équité », a-t-il martelé. En revanche, il est resté ouvert sur la possibilité de discuter avec les partenaires sociaux « du temps qu’il faut pour les aligner », et il a concédé aux syndicats « quelques semaines de plus », pour négocier sur les régimes spéciaux, au lieu des quinze jours initialement envisagés. En cas de grève, il a affirmé « s’il y a des problèmes, on les affrontera, mais personne ne peut dire qu’on les a pris en traître, cette réforme, je l’ai annoncée ».
Autre dossier, celui des 35 heures. Le président a redit son intention de renvoyer leur négociation « aux entreprises », en rappelant que dès le 1er octobre, les « heures supplémentaires ne seront plus taxées ». Sur la croissance, Nicolas Sarkozy a voulu qu’on lui accorde du temps : « 2007 je n’y suis pour rien, il faut la doper en 2008, et 2009 ce sera la mienne », a-t-il martelé. Avant cela, il estime qu’« il faut faire les réformes que les autres ont faites pour libérer les énergies ». En matière d’immigration, il s’est dit clairement favorable à des « quotas », par région du monde et par profession, et s’est dit « pas choqué » par les tests ADN. Mercredi soir, lors d’une réunion avec les dirigeants de l’UMP, Nicolas Sarkozy a longuement justifié cette stratégie de la réforme tous azimuts : « Si je multiplie les fronts, aucun d’entre eux ne prend une importance principale », a-t-il expliqué.

Soutien des Français

Outre le choix tactique, Nicolas Sarkozy ne redoute pas une répétition des grèves de 1995. « Juppé n’a pas été battu parce que les syndicats étaient dans la rue, mais parce que les électeurs de Chirac n’étaient plus derrière lui, et sa majorité non plus. Les libéraux l’avaient lâché après le départ de Madelin, et ceux qui l’attendaient sur la fracture sociale, aussi », expliquait-il à plusieurs responsables de la majorité, la semaine dernière. Nicolas Sarkozy, au contraire, considère que sa majorité est soudée derrière lui et que les Français le soutiennent, enquêtes d’opinion à l’appui.
Nicolas Sarkozy devait donc longuement s’employer à faire la pédagogie de l’« hyperréformisme » devant les téléspectateurs. Un souci de réforme que Nicolas Sarkozy justifie aussi par l’agenda européen de 2008. Il a beaucoup insisté auprès des dirigeants de la majorité, mercredi soir, sur son intention d’être en position de force face à ses partenaires quand la France prendra la présidence du Conseil européen, en juillet 2008. « Il faut que l’on soit le premier pays à ratifier le traité simplifié », a-t-il ajouté. Et pour cela, le président sait qu’il n’a pas d’autre choix que de prouver, dans les faits, que les grandes réformes ont été faites.

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