Dix mois après l’arrivée à la tête du Parti conservateur de Cameron, 39 ans, après une troisième défaite électorale consécutive du parti d’opposition, il a réussi à moderniser son image en tenant compte des aspirations sociales et environnementales de l’électorat.

Il doit à présent convaincre les Britanniques pour qui le parti Tory rime encore avec une approche trop conservatrice de la lutte contre la criminalité, l’immigration et l’Europe, qu’il ne s’agit pas là d’un simple ravalement de façade mais bien d’une métamorphose, estiment des analystes.

Autre défi pour Cameron: il doit faire entendre à l’aile dure du parti qu’il faut amorcer ce tournant pour avoir une chance de remporter les élections de 2009.

« Ils se sont redéfinis comme un parti modéré, sympathique, accessible, à l’écoute et capable de compassion. Mais à la fin des années 1990 et au début de la décennie suivante, les Conservateurs ont proposé des politiques assez dures et cela reste difficile à concilier », estime Mark Wickham-Jones, analyste auprès de l’Université de Bristol.

« L’idée persiste que c’est un parti dont l’idéologie est nettement marquée à droite (…). Ils ont changé d’emballage mais pas de programme. »

Son programme, Cameron s’est d’ailleurs bien gardé de le détailler cette semaine lors du congrès annuel des Tories à Bournemouth, où il s’est contenté de dire qu’il avait amorcé un recentrage du parti et qu’il donnerait des précisions plus tard.

Le Parti travailliste, en se repositionnant plus au centre dans les années 1980 et 1990, a marché sur les plate-bandes des Tories pour l’emporter en 1997.

REGAGNER LE TERRAIN PERDU AU CENTRE

Cameron veut regagner le terrain perdu, ce qui explique ses prises de position en matière de protection de l’environnement, sa volonté de paraître accessible et proche des citoyens et son souci d’éviter les sujets sur lesquels son parti est le plus souvent mal perçu, telles que l’Europe et l’immigration.

De nombreux analystes pensent que les Britanniques souhaitent à présent un changement, tout autant qu’au sortir de 18 années d’un pouvoir conservateur marqué par l’empreinte laissée par Margaret Thatcher, la « Dame de Fer ».

Cameron a redonné espoir aux Conservateurs en leur permettant d’effectuer une remontée dans les sondages inédite depuis plus de dix ans. Selon les observateurs de la vie politique, ils pourraient bien priver les Travaillistes de leur majorité parlementaire lors des prochaines élections.

Le nouveau chef des Tories affrontera vraisemblablement le chancelier de l’Echiquier Gordon Brown, probable successeur de Tony Blair, qui a annoncé son départ dans les 12 mois à venir

De nombreux commentateurs prédisent que les élections déboucheront sur un parlement divisé où aucun parti n’aura de majorité absolue.

Mais au vu des déboires récents du Labour, miné par des querelles internes et le fort mécontentement suscité par la guerre en Irak, les Conservateurs devraient être en bien meilleure position encore, selon les analystes.

Cameron doit encore mettre au point un programme montrant qu’il a des idées en matière d’économie et qu’il est au diapason des électeurs dans les domaines de l’immigration, des dépenses publiques et de la criminalité, selon les analystes. Il doit aussi faire en sorte que son parti soit plus attractif aux yeux de l’Ecosse et du nord de l’Angleterre, bastions travaillistes traditionnels.

« Il faut qu’il gagne en substance et qu’il renforce l’image du parti. A présent, le parti et Cameron profitent d’un sentiment anti-Blair », estime Robert Worcester, de l’institut de sondage MORI.

Les analystes prévoient que le glissement vers le centre des Tories atténuera les différences entre les deux principaux partis en 2009.