BRUXELLES : La formation d’un gouvernement est une période fascinante. Le climat qui y règne est souvent remarquablement révélateur de celui qui perdurera pendant toute la législature. Les incidents, coups de bluff et autres bras de fer n’y ont rien d’exceptionnel. C’est qu’il s’agit, pour chaque partenaire, de marquer au maximum de son empreinte l’accord qui se négocie. Les 100 jours de crise qui se sont ouverts le 10 juin ne relèvent pourtant pas, cette fois, de la dramatisation nécessaire. Ils sont le résultat de trois écueils majeurs, qui ont pour nom l’envie, la stratégie et la capacité.
L’envie, d’abord. Si les derniers gouvernements Verhofstadt n’avaient mis que 29 puis 52 jours à se mettre sur pied, c’est d’abord parce qu’ils avaient fait l’objet, au préalable, d’accords secrets entre futurs partenaires. C’est tout l’inverse ici où la concrétisation du pacte conclu entre le PS et le CDH a été rendue impossible par l’électeur, qui a toujours bel et bien son mot à dire.
La stratégie, elle, a vu le CD & V bâtir sa reconquête du pouvoir sur un cartel en cul-de-sac avec les nationalistes de la NV-A, auxquels il a promis – comme à ses électeurs – monts et merveilles sans se préoccuper le moins du monde du jour où il devrait faire atterrir ses promesses.
La capacité, enfin, a montré ses limites dans le chef du Monsieur 800.000 voix de la Flandre qu’est Yves Leterme. Lui qui se préparait depuis des mois à décrocher le 16 aura réussi à fournir, depuis 100 jours, le parfait vade-mecum de ce qu’il ne faut pas faire quand on brigue la fonction suprême d’un pays. Manque de tact, absence de vision, impréparation : c’est à ce cocktail détonnant qu’il doit de n’avoir pas encore endossé le costume de Guy Verhofstadt.
Nul ne peut prédire aujourd’hui le temps que cela prendra encore. Ni même les chances de l’Orange bleue de mûrir. Mais les 100 jours qui viennent de s’écouler permettent déjà de craindre une chose : que la coalition qui se mettra en place tienne plus du mariage de raison et de l' »alliance contre-nature » que de l’union consentie, seule formule pourtant capable de déboucher sur un programme ambitieux, créatif et mobilisateur dont le pays a grand besoin. Pour le citoyen, qui avait envoyé des signaux très clairs le 10 juin dernier, c’est – déjà – profondément inquiétant.