George W. Bush pourrait annoncer mercredi l’envoi de soldats supplémentaires en Irak. Une telle stratégie risque toutefois de signifier plus de pertes pour l’armée américaine sans pour autant écarter la menace d’une guerre civile généralisée dans le pays, selon certains observateurs.

Le président de la Commission des services armés du Sénat, Carl Levin, un démocrate, s’attend à ce que le président américain annonce l’envoi de jusqu’à 20.000 hommes supplémentaires en Irak sans préciser la durée de leur déploiement.

M. Bush doit annoncer mercredi sa nouvelle stratégie irakienne. Les partisans d’un renforcement des troupes estiment qu’il s’agit là du meilleur moyen, et peut-être de la dernière chance, de sortir de l’enlisement en Irak. Et ce, malgré le coût et risques potentiels, comme celui d’une aggravation des pertes américaines qui atteignent déjà les 3.000 morts.

L’armée américaine compte actuellement quelque 140.000 hommes sur place. L’idée serait d’utiliser les renforts pour améliorer la sécurité à Bagdad, théâtre de violences quotidiennes, en augmentant le nombre de raids menés conjointement avec les forces irakiennes dans certains quartiers de la capitale. Un succès dans cette stratégie constituerait un premier pas dans la mise en place des conditions permettant d’utiliser plus efficacement l’argent de la reconstruction et d’améliorer ainsi les perspectives de stabilité politique.

Une option proposée par le Pentagone porte sur un renforcement modeste, peut-être 9.000 hommes, dans les prochains mois, qui pourrait être suivi par l’envoi d’un nombre équivalent de soldats cet été. La plupart des nouveaux arrivants seraient déployés à Bagdad, le lieu le plus stratégique, et certains dans la province d’Anbar, foyer de l’insurrection sunnite.

Personne ne conteste la supériorité militaire américaine mais certains s’interrogent sur l’intérêt d’envoyer des renforts. « S’il n’y a pas une approche globale impliquant des décisions politiques des Irakiens, le développement économique et la sécurité, ça ne marchera pas », estime le sénateur démocrate Jack Reed, membre de la Commission des services armés.

Selon Anthony Cordesman, du Centre pour les études stratégiques et internationales, la question la plus importante n’est pas l’envoi de renforts mais d’empêcher l’Irak de tomber dans la guerre civile. Des soldats supplémentaires ne serviront pas à grand-chose « si les Etats-Unis et le gouvernement irakien ne trouvent pas le moyen d’arrêter cette dérive » vers la discorde entre communautés, a-t-il écrit.

Envoyer davantage de GI’s en Irak irait également à l’encontre des voeux de l’opinion publique américaine, qui souhaite une fin du conflit plutôt qu’un engagement accru du pays sur place.

Reste que le général à la retraite Jack Keanes, ancien vice-chef de l’état-major de l’armée, a recommandé au président Bush un renforcement audacieux des troupes. Il plaide en effet pour l’envoi de sept brigades de l’armée de terre et régiments de Marines, soit 32.000 hommes, à partir de mars et avril.

Frederick W. Kagan, de l’Institut américain de l’entreprise, co-auteur du plan avec M. Keane et d’autres, précise que cette augmentation des effectifs devrait être maintenue pendant au moins 18 mois. Ce qui n’est pas une mince affaire pour une armée américaine déjà mise à rude épreuve par son engagement en Irak.

Le général John Abizaid, chef sortant du Commandement central (Centcom) en charge des forces américaines au Moyen-Orient, avait déclaré au Congrès en novembre que 20.000 hommes pourraient être déployés, mais pas sur une longue période.

Mais M. Kagan conteste l’idée défendue par certains au Congrès qu’une augmentation des troupes ne devrait durer que quatre à huit mois. « Ce serait un désastre », assure-t-il. Ceux qui partagent cet avis font valoir qu’en cas de déploiement de courte durée, les insurgés et autres fauteurs de violences pourraient faire profil bas en attendant le départ des renforts.