FRONTIERE ENTRE ISRAËL ET GAZA (Reuters) – Les camions sont pleins à ras bord de vivres acheminés de l’étranger. Un grincement mécanique, un nuage de poussière, un signe de la main, et un homme tenant un écritoire laisse passer les chargements, l’un après l’autre.

Mais ce sont les seules ressemblances entre le franchissement de la frontière qui sépare Israël de Gaza et n’importe quelle livraison de vivres. Des chars israéliens sont tout proches, et personne n’attend derrière la clôture, côté palestinien.

Deux semaines après la prise de Gaza par les islamistes du Hamas, aussitôt chassés du gouvernement palestinien, l’isolement de l’enclave côtière s’est accentué, ses postes-frontières pour les habitants et les marchandises sont condamnés, et les produits de consommation viennent à manquer.

Et pourtant, certains produits de base arrivent à passer, de façon innovante. De la farine, de l’huile de cuisson ou encore du sucre sont déposés dans des terrains clôturés et surveillés où les Palestiniens peuvent les récupérer après le départ des camions israéliens.

Du blé a même été déposé sur un tapis roulant transfrontalier servant d’habitude au transport de gravier.

Mais ce n’est pas assez, a prévenu l’Onu, mettant en garde contre la perspective d’une crise humanitaire. L’armée israélienne dit faire son possible, entre les explosions de bombes et les tirs de mortier près de la frontière.

NE PAS PARLER AU HAMAS

Les soldats israéliens qui encerclent la bande de terre de 45 km de long ont reçu l’ordre de ne pas adresser la parole aux membres du Hamas, dont les dirigeants veulent vaincre l’Etat juif.

« A présent, il n’y a personne du côté palestinien pour se coordonner avec nous. Nous ne parlons pas au Hamas », a déclaré le colonel Nir Press, qui dirige des postes-frontières côté israélien.

« Nous attendons que quelqu’un vienne se mettre en rapport avec nous », a-t-il ajouté, précisant que la plupart de ceux qui travaillaient à l’intérieur de Gaza appartenaient à un groupe rival du Hamas, et n’étaient plus joignables.

Cette situation a entraîné la fermeture aux habitants des principaux points de passage d’Erez, ainsi que celle du terminal de fret de Karni. A Rafah, l’Egypte a également fermé son poste-frontière.

Toutefois, des groupes humanitaires, des commerçants privés et les militaires mettent sur pied ce que Press appelle des solutions créatives pour permettre aux 1.5 million de Gazaouites de ne pas mourir de faim.

« Nous sommes très heureux de l’initiative prise par l’armée », a déclaré Christopher Gunness, porte-parole de l’Onu.

Ce n’est toutefois pas suffisant, craignent l’Onu et les humanitaires, pour éviter une grave crise économique à Gaza, d’où Israël s’est retiré il y a deux ans.

DES BOMBES ET DES MORTIERS

Les Nations unies demandent la réouverture rapide de Karni, où peuvent transiter 300 camions chaque jour.

« Il n’y a pas assez de ressources qui rentrent à Gaza pour empêcher une crise humanitaire », a ajouté Gunness vendredi, selon lequel seuls la moitié des 175 camions nécessaires parviennent à passer.

De son côté, l’armée israélienne affirme être limitée par les attaques qu’elle subit. Le petit point de passage de Kerem Shalom, au sud, peu utilisé jusque-là, voit désormais passer au moins 20 camions par jour, mais a dû être fermé lundi après la découverte d’une bombe posée durant la nuit.

« On ouvre Kerem Shalom pour les gens et qu’est-ce qu’ils nous envoient ? Ils nous envoient des bombes », a déploré Press mercredi, peu après la chute d’obus de mortier près de son bureau.

« Si quelqu’un souhaite une crise humanitaire, c’est eux et pas nous », a-t-il ajouté. « Nous essayons vraiment d’aider les habitants de Gaza. »

A Kerem Shalom, les camions israéliens voient leur chargement transféré sur des véhicules sécurisés qui les convoient de l’autre côté de la frontière, où les marchandises sont récupérées par des commerçants palestiniens. Aucun représentant politique ou militaire palestinien n’est impliqué dans le processus.

Un responsable du Hamas a déclaré à Reuters que son groupe était prêt à travailler au rétablissement du commerce et de la circulation, et s’il le faut à laisser des responsables n’appartenant pas au Hamas travailler aux postes-frontières.

Dans certains cas, des intermédiaires palestiniens ont été nécessaires au convoyage de biens.

De tels partenaires seront indispensables, selon Press, pour qu’Israël rouvre les complexes de Karni et Erez, où quelques civils ont pu passer jeudi en liaison avec la Croix-Rouge.