La majorité démocrate du Congrès américain a promis hier de mobiliser tous les moyens à sa disposition pour entraver la nouvelle stratégie de George W. Bush en Irak, au lendemain de l’appel du président américain à lui laisser une chance.

George W. Bush a exhorté mardi le Congrès américain à donner une chance à la nouvelle stratégie qu’il a imaginée pour l’Irak, se disant convaincu qu’il était encore possible pour les États-Unis de l’emporter.
Devant une Chambre des représentants et un Sénat désormais aux mains des démocrates, dont bon nombre réclament un retrait des troupes d’Irak, le président américain a assuré qu’il n’y avait pas de meilleur moyen que d’envoyer 21 500 soldats supplémentaires dans le pays pour arriver à la victoire. « Notre pays déploie une nouvelle stratégie en Irak. Et je vous demande de lui donner une chance », a-t-il dit lors du discours annuel sur l’état de l’Union. « À ce jour, à cette heure, il est encore possible de peser sur l’issue de la bataille. En nous efforçant de retrouver toute notre détermination, nous pouvons encore modifier le cours des choses en notre faveur », a estimé George Bush.
George Bush a rejeté les appels des démocrates en faveur d’un retrait d’Irak, estimant que le pays serait la proie d’une bataille sans merci entre extrémistes sunnites et chiites si l’armée américaine se retirait sans avoir sécurisé Bagdad. Le président américain a mis en garde contre la « menace grandissante » que représentent les extrémistes chiites, jugés tout aussi dangereux pour les États-Unis qu’el-Qaëda.
Le président américain a également évoqué des questions de politique intérieure, qualifiant le réchauffement climatique de « défi majeur » et s’engageant à réduire de 20 % la consommation d’essence du pays sur les dix prochaines années grâce à l’utilisation de carburants alternatifs.
La réaction des démocrates ne s’est pas fait attendre avec le sénateur de Virginie nouvellement élu Jim Webb, un vétéran du Vietnam, qui a souligné qu’une majorité d’Américains ne soutenait plus la guerre en Irak. « Nous avons besoin d’une nouvelle direction (…), une politique qui retire nos troupes des rues des villes irakiennes et une formule qui, à court terme, nous permettra de rapatrier nos soldats », a-t-il déclaré. Nancy Pelosi et Harry Reid, respectivement présidents (démocrates) de la Chambre des représentants et du Sénat, ont reproché à George Bush de ne pas écouter l’opinion publique.
Le désaveu de la politique présidentielle est intervenu rapidement avec un vote de la commission des Affaires étrangères du Sénat en faveur d’une résolution non contraignante déclarant « contraire à l’intérêt national » des États-Unis le déploiement de 21 500 militaires supplémentaires en Irak. « En adoptant cette résolution, nous adressons un message aux Américains leur disant que nous les avons entendus », a expliqué la démocrate Barbara Boxer, favorable à ce que le Sénat adopte en outre un texte contraignant. Le président de la commission Joseph Biden a promis qu’après ce vote symbolique, il ferait examiner des textes pouvant « permettre de limiter efficacement et constitutionnellement (l’action) du président ».
Côté international, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré hier, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue irakien Jalal Talabani, que le plan des États-Unis pour stabiliser l’Irak était voué à l’échec, a rapporté l’agence officielle IRNA.
Par ailleurs, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a réaffirmé hier le désaccord de Paris avec la stratégie militaire des États-Unis en Irak, défendue mardi par M. Bush. Le président américain pense « qu’il y a une solution militaire au problème irakien. Jusqu’à maintenant c’est un échec, il y a une guerre civile », a déclaré le chef de la diplomatie française.