BRUXELLES Le 10 juin dernier, Florence Reuter était élue députée MR. Six mois plus tard, elle est comme tout le monde : elle attend toujours un gouvernement. Et l’ex-journaliste de RTL commence à en avoir ras le bol de la tournure que prennent les événements. Quel regard portez-vous sur la crise ? On vous sent agacée…

« Je regarde ça avec des yeux très neufs, puisque je suis nouvelle en politique. Je me mets surtout à la place des gens. Dans ce qui se passe aujourd’hui, on ne respecte pas du tout le choix des électeurs. On se moque de qui a gagné et qui a perdu. On parle d’une coalition asymétrique, avec 3, voire les 4 partis francophones ensemble. On récupère les perdants pour en faire les sauveurs d’un futur gouvernement. Ce n’est pas démocratique du tout. Et, ce qui me rend dingue, c’est que, pendant ce temps, on ne règle pas les problèmes des gens, qui ne savent pas comment ils vont payer leurs factures. Je suis révoltée ! »
Pour vous, qui est responsable de l’échec de l’Orange bleue ?
« Le CDH a clairement torpillé l’Orange bleue. Pourquoi maintenant tout le monde accepte cette réforme de l’État alors que c’était non pendant six mois ? En réunissant les 4 partis francophones pour avoir la majorité des 2/3, on permettra de faire cette réforme qu’on ne voulait pas hier. On s’est fait avoir ! »

Le MR est aussi critiqué ?

« On est en train de diaboliser le MR. Tout ça parce qu’on s’est montré responsable en disant qu’on était ouvert à la discussion avec les Flamands. Discuter, ça ne veut pas dire qu’on doit tout accepter. Mais on ne peut pas être pour une Belgique unie et refuser de parler à l’autre Communauté. À force de dire non à tout, on exacerbe le sentiment flamand. Le MR a pris des risques. On est les seuls à avoir tenu la même ligne. Et, maintenant, on vient dire que si on n’a pas de gouvernement, ça ne tient qu’à Didier Reynders. C’est scandaleux ! »
Didier Reynders a fait des erreurs de communication de son côté…
« Oui, sans doute. Mais est-ce que tout doit se jouer sur la communication ? C’est facile de passer 26 minutes sur une chaîne en montrant ses enfants pour attendrir l’électeur. Ce n’est pas ça la politique. Moi aussi je suis mère de famille et je travaille comme une dingue. Mais c’est un choix de vie. Mes enfants, je n’ai jamais voulu les utiliser. Lorsque Joëlle Milquet dit qu’elle a passé 6 mois d’enfer avec des machos autour de la table, c’est fou ! On n’est plus au 19e siècle. Je n’ai pas l’impression d’être entourée de machos. Quand on choisit d’être présidente de parti, on ne se plaint pas ensuite. »