Gordon Brown s’était engagé à former un « gouvernement de tous les talents » surmontant les clivages du passé entre ses partisans et ceux de son prédécesseur, Tony Blair. Il a tenu sa promesse. Le nouveau cabinet britannique annoncé jeudi 28 juin, qui comprend 22 membres, mêle, en un savant équilibre, les diverses sensibilités du travaillisme.

Sa composition exprime aussi largement le « changement » annoncé par Gordon Brown, avec la promotion spectaculaire de plusieurs représentants de la nouvelle génération : c’est le cas de David Miliband, 41 ans, nommé au Foreign Office et de Jacqui Smith, 44 ans, première femme titulaire du ministère de l’intérieur de l’histoire de la Grande-Bretagne. Dans ce gouvernement largement remanié et rajeuni, onze ministres de Tony Blair s’en vont, un seul – Des Browne (défense) – reste à son poste tandis que les autres changent d’affectation. Neuf nouveaux visages font leur apparition mais le nouveau cabinet ne comprend que cinq femmes contre huit dans le cabinet de Tony Blair, et un seul représentant des minorités ethniques.

TROIS NOUVEAUX MINISTÈRES

Comme la rumeur l’annonçait, le ministère le plus important, celui des finances, revient à Alistair Darling, un Ecossais expérimenté qui est un vieil ami du premier ministre. Le ministère de la justice échoit à Jack Straw, qui est à la fois un pilier des années Blair (intérieur, affaires étrangères) et un proche de Gordon Brown, dont il a dirigé la campagne pour la direction du Labour. Alan Johnson, respecté de tous, reçoit le poste-clé de la santé.

Un autre ministère important, l’environnement, revient à Hillary Benn. Sa nomination a été bien accueillie dans les milieux écologistes, car il a acquis, dans son poste précédent de ministre du développement international, une expérience des problèmes liés au réchauffement climatique. L’ancien ministre de l’Irlande du Nord, Peter Hain, s’occupera du travail et des retraites. Il est remplacé par un ancien transfuge conservateur, Shaun Woodward.

Les deux promotions les plus retentissantes sont celles de David Miliband et de Jacqui Smith. A la tête de la diplomatie, le premier poursuit un parcours sans faute qui le promet à un brillant avenir. La seconde hérite du ministère de l’intérieur, le poste le plus politiquement sensible, même si la récente création d’un ministère de la justice a allégé son cahier des charges.

Gordon Brown a modifié les structures du cabinet en créant trois nouveaux ministères : affaires et entreprises, enfants, écoles et familles, innovation, universités et aptitudes. Le premier revient à John Hutton, un fidèle de Tony Blair, le second à Ed Balls, qui fut le plus proche conseiller de M. Brown au Trésor, le troisième à John Denham, un ancien ministre qui avait démissionné en 2003 à cause de la guerre en Irak.

Pour l’anecdote, Ed Balls et sa femme Yvette Cooper, en charge du logement, forment le premier couple à appartenir au même cabinet. Pour la première fois depuis les années 1920, deux frères, David Miliband et son cadet Ed, se retrouvent dans le même gouvernement. Gordon Brown a nommé un ministre non issu du Parlement. Il s’agit de Mark Malloch-Brown, ancien chef de cabinet de Koffi Annan à l’ONU. Ce haut fonctionnaire international avait critiqué l’invasion de l’Irak et l’attitude de Londres dans la crise de l’été au Liban. L’annonce de la liste des secrétaires d’Etat pourrait confirmer la volonté d’ouverture du nouveau locataire de Downing Street.