BRUXELLES Ne pas la ramener. Oh, surtout, ne pas la ramener. Ne pas triompher. Ne pas crier victoire. Bref, ne pas donner le sentiment d’humilier les partis flamands.
C’est le mot d’ordre que se sont d’emblée imposé le MR et le CDH samedi vers 14 heures. À ce moment-là, après une ultime entrevue au cabinet des Finances, ils ont su qu’Herman Van Rompuy était décidé à rendre son tablier d’explorateur. Et qu’il refusait de rempiler, trop souvent mis à mal sur ses acquis par son parti, à commencer par Yves Leterme, qu’il veut donc mettre au pied du mur. Tout de suite, ils avaient traduit : le même Yves Leterme allait revenir. Et c’est bien ça qui s’est produit. Car les quatre présidents de l’Orange bleue, qui auraient préféré continuer un bout de chemin avec le plus habile Van Rompuy, doivent, depuis samedi soir, recommencer à négocier avec Yves Leterme. Reçu à 22 heures à Ciergnon, où le Roi se repose, l’Yprois a été remis en piste, et chargé à nouveau de former un gouvernement.
Dans son communiqué officiel, le Palais a estimé qu’il y avait désormais « suffisamment d’éléments de convergence pour permettre la reprise des négociations sous la direction d’un formateur » , soit M. Leterme.
L’homme a, d’emblée, entamé les contacts. Avec un message : de grâce, qu’il change de lieu de négociation – Val Duchesse étant bien trop connoté – et de méthode, laissant tomber son refus de rencontre des médias. C’est dans cette direction qu’on s’achemine, avec une première réunion sur la méthode de travail prévue ce lundi après midi, dans la foulée des bureaux de parti.
Pour l’assister dans les questions institutionnelles, M. Leterme pourra compter sur Herman Van Rompuy. Mais de façon, là, très informelle : M. Leterme sera bien formateur à part entière. De son côté, le président de la NV-A Bart De Wever a déjà prévenu : la tâche reste difficile.
Car la Flandre est loin d’avoir obtenu la grosse réforme de l’État exigée. On s’achemine bel et bien vers un phasage des réformes : de petites choses assez rapidement, puis une tentative de dénicher une réforme des 2/3 – ce qui ne sera guère simple – pour engranger d’autres thématiques, avant puis après les élections régionales de juin 2009. D’où le souci de la jouer profil bas pour le MR et le CDH (nos éditions précédentes).
M. Leterme devrait d’abord se concentrer sur le socio-économique. BHV et la finalisation du communautaire seraient relégués à plus tard. Mais la Flandre jure n’avoir pas dit son dernier mot. Ce qui promet, encore, de beaux jours aux négociateurs de l’Orange bleue auxquels il faudra au minimum plusieurs semaines encore avant d’aboutir…