Le président libanais pro-syrien Émile Lahoud a accusé aujourd’hui son premier ministre d’avoir violé la Constitution en envoyant une lettre aux Nations unies pour approuver la création d’un tribunal international chargé de juger les meurtriers présumés de l’ancien chef du gouvernement Rafic Hariri.
La création de ce tribunal est l’une des principales pommes de discorde entre le gouvernement antisyrien de Fouad Siniora et les factions prosyriennes, dont le Hezbollah. La semaine dernière, le premier ministre a adressé une copie signée de l’accord entérinant la création du tribunal aux Nations unies. L’ONU doit maintenant le signer et le renvoyer au Liban pour qu’il soit ratifié.

Émile Lahoud a envoyé un courrier au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon en affirmant que la signature de l’accord par Siniora violait la Constitution libanaise. Il affirme que le contenu de la lettre de Siniora est «trompeur et esquive la réalité et les règles de la Constitution, des conventions et de l’union nationale», selon une copie du courrier transmise à l’Associated Press par ses services.

«L’objectif est d’entraîner la confusion et les soupçons et de créer une atmosphère pour que le Conseil de sécurité reprenne le sujet et mette en place le tribunal», poursuit le président.

Le tribunal doit permettre de juger les personnes soupçonnées d’avoir participé à l’assassinat le 14 février 2005 de Rafic Hariri. Vingt-deux autres personnes avaient été tuées dans cet attentat perpétré dans le centre de Beyrouth. De nombreux Libanais soupçonnent la Syrie d’être derrière cette attaque. Damas a démenti.

En novembre, le Hezbollah et ses alliés ont claqué la porte du gouvernement qui s’apprêtait à approuver la création du tribunal. Ils protestaient contre la décision de Fouad Siniora de rejeter leur demande d’un nouveau gouvernement d’union nationale leur donnant un droit de veto sur les principales décisions.

Le premier ministre dispose de suffisamment de soutiens au sein de son cabinet pour approuver cette création. Mais ses adversaires, dont Émile Lahoud, estiment que son gouvernement ne représente plus toutes les franges de la société libanaise.