PARIS La campagne présidentielle française s’est durcie mercredi, à trois mois du scrutin, quand le ministre de l’Intérieur et champion de la droite Nicolas Sarkozy a été accusé de faire enquêter sur l’équipe de la socialiste Ségolène Royal, ce qu’il a rapidement démenti.

Le Parti socialiste, par la voix de son porte-parole Julien Dray, un proche de Mme Royal, a demandé au président Jacques Chirac « de rappeler les règles élémentaires et de donner toutes les garanties du respect des principes démocratiques ».

M. Sarkozy a de son côté répliqué en conseillant à ses rivaux de « garder leurs nerfs ». Il a dû intervenir pour démentir des informations l’accusant de s’être servi de ses fonctions de ministre de l’Intérieur contre un membre de l’équipe de campagne de Mme Royal.

Selon l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné, des investigations ont été menées par les services de renseignements de la police contre un membre de l’équipe de Mme Royal, sur « ordre en provenance du cabinet » du ministre de l’Intérieur.

Le journal affirme qu’une « notice » de trois pages a été rédigée par les Renseignements généraux (RG) sur Bruno Rebelle, ex-directeur de Greenpeace France qui a récemment rejoint l’équipe de Mme Royal, ce « qui a mobilisé pendant trois jours six fonctionnaires du ministère ».

M. Sarkozy a qualifié de « ridicules » les affirmations du Canard Enchaîné. Le cabinet du ministre a de son côté « démenti formellement » avoir diligenté une enquête de ce type.

« Dès son arrivée en 2002, M. Sarkozy a demandé aux RG de ne pas effectuer d’enquêtes politiques, souhaitant qu’ils se consacrent davantage à d’autres sujets, tels que la lutte contre le terrorisme ou l’économie souterraine dans les banlieues », a souligné le cabinet du ministre.

Le chef du Parti socialiste François Hollande, également compagnon de Mme Royal, avait auparavant réclamé devant la presse « qu’il y ait immédiatement des vérifications ».
« Je demande que ces informations soient, je l’espère, infirmées mais si elles sont confirmées alors il faudra en tirer toutes les conséquences au niveau de la campagne présidentielle », a-t-il prévenu.

Auparavant, le porte-parole du PS Julien Dray avait dénoncé des « pratiques inacceptables » relevant « des pires campagnes électorales ».

Il y a quelques jours, Mme Royal avait affirmé que la droite utilisait des méthodes de « racaille », après avoir été accusée d’avoir eu recours, avec François Hollande, à un montage immobilier pour échapper à l’impôt sur la fortune. Son camp avait dénoncé « un coup tordu des amis de Nicolas Sarkozy ».

Le couple socialiste a dû expliquer qu’il avait payé cet impôt ces deux dernières années.
Ces tensions surviennent alors que les cinq derniers sondages pour le scrutin d’avril-mai ont donné un léger avantage au ministre de l’Intérieur face à Mme Royal. Un sondage Ipsos, à paraître jeudi, donnait 52% à Nicolas Sarkozy contre 48% à Mme Royal au second tour.
De l’aveu même de son entourage, la campagne de la candidate socialiste, qui vient d’essuyer de nouvelles critiques pour avoir évoqué la « souveraineté » du Québec, traverse un « trou d’air ».

Selon le journal Le Monde de mercredi, l’entourage de M. Sarkozy s’est organisé contre la campagne de la candidate socialiste au sein d’une « cellule riposte » installée au QG de campagne du candidat de droite et chargée notamment de disséquer toutes les déclarations de Mme Royal.