Les ministres de la Défense de l’Alliance ont tenu jeudi à Séville des consultations au moment où la situation se dégrade dans un pays où combats et attentats ont fait plus de 4.000 morts en 2006, un bilan sans précédent depuis la chute du régime islamiste après l’intervention internationale en 2001.

Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, souhaitait obtenir des alliés européens plus de 2.000 hommes de plus et des équipements pour renforcer la Force internationale d’assistance à la sécurité (Isaf) de 34.000 hommes, placée sous la bannière de l’Otan depuis la fin de l’année dernière.

L’ancien patron de la CIA s’est montré optimiste à l’issue de la réunion, soucieux de minimiser des divergences que les responsables américains et européens ne cachent pourtant pas.

« Tout le monde est d’accord pour dire que 2007 est une année cruciale », a-t-il déclaré en se félicitant du niveau « extraordinaire » d’engagement des pays alliés sur le terrain.

« Tout le monde est d’accord pour dire que l’offensive du printemps doit être notre offensive », a-t-il ajouté en appelant ses homologues à saisir cette « opportunité » face aux taliban.

Le secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer, a abondé dans le même sens lors d’une conférence de presse.

« Nous faisons mieux que ce que je pensais possible il y a deux semaines », a-t-il expliqué avant de reconnaître que « nous n’y sommes pas encore », même si des promesses ont été faites qui permettraient déjà d’évoquer un chiffre de 35.000 hommes.

Les responsables américains ne cachent toutefois pas leur frustration devant le peu d’entrain des grands pays européens qui laissent les Etats-Unis assumer l’essentiel de l’effort.

PAS COMME LES RUSSES

Les Etats-Unis fournissent 27.000 hommes à l’opération, qui comprend un volet de maintien de la paix et de reconstruction, mais aussi de chasse aux taliban dans l’est et le sud du pays.

Ils entendent démontrer que l’administration Bush n’a pas l’intention de négliger l’Afghanistan au profit de l’Irak à l’approche du printemps, que tous les militaires alliés prédisent difficile, la guérilla s’étant renforcée.

Washington a annoncé le déblocage de 8,6 milliards de dollars pour la formation et l’équipement des forces et de la police afghanes, et de deux milliards pour la reconstruction.

Le Pentagone a aussi prolongé la mission de 3.200 membres du corps expéditionnaire américain en Afghanistan, ce qui se traduira par un accroissement des effectifs de 2.500 hommes.

Mais seul le Royaume-Uni a suivi en envoyant quelque 800 hommes supplémentaires dans les zones où les combats font rage.

Ni la France, ni l’Espagne, ni l’Italie, ni l’Allemagne, ni la Turquie, ni les Pays-Bas ne veulent aller au-delà de leur engagement actuel, qu’ils estiment déjà considérable.

L’un des seuls engagements concrets de Séville a été la promesse de l’envoi par l’Allemagne de six chasseurs Tornado de reconnaissance dans le Sud, place forte des taliban, tandis que les autres pays parlaient surtout de formation.

Le ministre allemand de la Défense, Franz Josef Jung, a été très net en marge de la rencontre.

TENSIONS ACCRUES

« Je pense qu’on ne devrait pas seulement parler de plus de moyens militaires, nous devons combiner reconstruction et sécurité », a-t-il estimé. « Quand les Russes étaient en Afghanistan, ils avaient des centaines de milliers de soldats sur place mais ils n’ont pas gagné. Nous ne sommes pas une force d’occupation en Afghanistan, nous sommes des libérateurs. »

Avec environ 14% de ses forces déployées à l’étranger, du Kosovo à l’Afrique, la France estime ne pas pouvoir faire plus et dans la plupart des autres « grands » pays de l’UE, l’heure est plutôt au rapatriement des troupes qu’à leur renforcement.

L’insistance américaine risque donc d’exacerber les tensions transatlantiques, a-t-on estimé de source diplomatique.

En témoigne la réaction du ministre italien des Affaires étrangères, Massimo D’Alema, qui a exprimé « sa surprise et sa désapprobation » après que les Etats-Unis et cinq de leurs alliés eurent publié dans la presse italienne un appel à une augmentation de la contribution italienne à la mission.

Cette réaction explique sans doute pourquoi les Etats-Unis et l’Otan ont voulu minimiser les divergences après la réunion.

« Il y a un accord général sur le fait que la stratégie est correcte », a souligné Jaap de Hoop Scheffer tandis que Gates estimait que, bien entendu, la reconstruction et la sécurité devaient aller « main dans la main » en Afghanistan.