Ségolène Royal n’est donc pas la seule cible de L’impasse, le dernier livre de Lionel Jospin, à paraître lundi prochain. En début de semaine dernière, Libération avait révélé le contenu pour le moins virulent à l’encontre de la candidate socialiste à la dernière élection présidentielle, déclenchant une énième polémique au sein du PS. Vendredi, Le Monde 2 publie de son côté d’autres extraits, dans lesquels Lionel Jospin s’en prend vertement à Nicolas Sarkozy. L’ancien député de Haute-Garonne met en cause la personnalité même du président de la République, trop enclin selon lui à accaparer le pouvoir. Il reproche aussi à l’ancien président de l’UMP sa trop grande accointance avec les milieux financiers.« Le président est entré dans sa nouvelle fonction avec une ardeur, des idées, une rhétorique et un sens de l’empathie qui impressionnent », reconnaît d’abord Lionel Jospin, avant d’attaquer bille en tête sur le tempérament de Nicolas Sarkozy. « Derrière l’affabilité et la familiarité profuses, sous ce personnage tellement en mouvement qu’on se demande ce qu’il fuit, se dévoile un homme préoccupé de lui-même et pas toujours respectueux d’autrui », estime l’ancien celui qui fut battu à deux reprises lors d’élections présidentielles. « Il se livre à des exercices constants d’autocélébration et à une mise en scène permanente de lui-même, souvent confondus par les médias avec l’action, qui pourraient se révéler dangereux s’ils s’hypertrophiaient dans la fonction présidentielle. »

« Une vision préoccupante du pouvoir présidentiel »

« Aux risques que présente ce caractère s’ajoute une vision préoccupante du pouvoir présidentiel. Le président est omniprésent, il intervient sur tout et paraît diriger en direct le gouvernement », déplore Lionel Jospin, sous-entendant ici l’inutilité de François Fillon. L’actuel hôte de Matignon, qui peine à exister dans l’ombre de l’occupant de l’Elysée, devrait apprécier. Lionel Jospin craint en tous cas que les institutions de la Ve République ne soient « gravement déséquilibrées dans le sens du pouvoir personnel. C’est la pente sur laquelle nous sommes engagés. »
La dérive bonapartiste de Nicolas Sarkozy n’est pas le seul reproche que fait l’ancien dirigeant socialiste au président de la République. Lionel Jospin voit également d’un très mauvais oeil la proximité, voire « les liens vifs d’amitié ou de fraternité » qu’entretient l’ancien maire de Neuilly avec certains grands patrons français, comme Martin Bouygues ou Arnaud Lagardère, ce dernier s’étant targué d’être le « frère » du président. « Le pouvoir politique doit conserver sa distance avec un pouvoir économique déjà très puissant », édicte Lionel Jospin. « Un chef de l’Etat personnellement trop proche des puissances économiques, pesant lui-même fortement sur le Premier ministre et les ministres, n’exercera pas sa fonction avec l’impartialité nécessaire. »

© France2.fr 2006