LE FUSIBLE a sauté trop tôt. La démission du chef d’état-major de l’armée israélienne, le général Dan Haloutz, n’a pas apaisé les pressions qui pèsent sur le premier ministre Ehoud Olmert et son ministre de la Défense, Amir Peretz. Les deux dirigeants, en tant que principaux responsables de la défense nationale au sein du cabinet israélien, se retrouvent désormais en première ligne. La publication, attendue dans quelques semaines, des conclusions de la commission d’enquête Winograd, chargée d’examiner les ratés de la guerre au Liban, risque d’aggraver encore leur situation. Une majorité d’Israéliens juge qu’après Haloutz, Olmert et Peretz doivent, eux aussi, démissionner. La popularité de ces deux hommes, dépourvus d’expérience militaire, s’est effondrée depuis la campagne ratée menée en juillet et août contre le Hezbollah libanais.

Des dizaines de milliers de personnes, dont des réservistes ayant servi au Liban, avaient, dès la fin des combats, manifesté contre ceux qui étaient perçus comme les responsables de l’échec. Depuis lors, Olmert s’est abstenu de tout geste pour venir en aide à son chef d’état-major. Au dernier moment, avant-hier, le premier ministre a tenté, pour se protéger, de dissuader le chef de l’armée de jeter l’éponge. Il était trop tard. « Je regrette beaucoup la démission du chef d’état-major », a déclaré Olmert. Dans sa lettre au premier ministre, le général Haloutz affirme que sa « conception de la responsabilité » l’a poussé à la démission. En clair, il ne veut pas tomber seul. Dégagé de son devoir de réserve, notamment à l’égard de l’échelon politique, Haloutz va témoigner en homme libre devant la commission Winograd. Sa vérité sur les échecs du Liban pourrait être dévastatrice, pour Peretz comme pour Olmert. « En tant que civil, il pourra enlever les gants et passer de la position d’accusé à celle d’accusateur », prédit l’analyste militaire Alex Fishman dans le quotidien Yedioth Ahronoth. Les appels à la démission d’Olmert et de Peretz, venant de droite comme de gauche, se sont multipliés hier. « La démission du chef d’état-major consacre l’échec de la guerre du Liban et oblige le premier ministre et le ministre de la Défense à quitter leur fonction », a affirmé le député Israël Katz du Likoud (droite). « L’échelon politique doit assumer ses erreurs », a commenté le député travailliste Ophir Pines-Paz. Les médias présentent le ministre de la Défense et chef du Parti travailliste comme un homme au pied du mur, totalement discrédité dans l’opinion et au sein du parti. Sa démission serait une question de jours, ou de semaines au mieux.

Inquiétude menaçante

De son côté, Olmert est d’autant plus fragilisé que le procureur de l’État a ordonné mardi, quelques heures avant la démission de Haloutz, l’ouverture d’une information judiciaire à son encontre dans un scandale financier lié à la privatisation de la banque Leumi, la deuxième du pays. Les proches du premier ministre prédisent un rétablissement d’Olmert. Ils arguent que son prédécesseur, Ariel Sharon, a été mis en cause dans bien des scandales, sans démissionner. « Ils oublient que Sharon était inoxy­dable en raison de sa très forte popularité », rétorque le commentateur Nadav Eyal dans le quotidien Maariv.

Au sein de son propre parti, Kadima, l’inquiétude devient menaçante pour Olmert. Les ténors du parti se voient au fond du trou, après avoir fait une chute verti­gineuse dans les sondages. « Si les enquêtes virent mal, nous n’attendrons pas les résultats et nous remplacerons Olmert par un autre candidat, capable de sauver le parti de la déroute », prévient l’un d’eux. Épargnée par les sondages, la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, fait déjà figure de favorite.