VIENNE (Reuters) – Le dirigeant social-démocrate Alfred Gusenbauer a formulé l’espoir de former un gouvernement de « grande coalition » avant la fin du mois de novembre en Autriche, même s’il a dit s’attendre à d’âpres négociations avec les conservateurs précédemment au pouvoir.

Le président Heinz Fischer a reçu mardi les dirigeants des deux principales formations politiques du pays pour évoquer avec eux le résultat des élections législatives de dimanche.

Les sociaux-démocrates du SPÖ ont devancé les conservateurs du Parti populaire (ÖVP), qui gouvernaient jusqu’alors avec l’extrême droite sous la direction du chancelier Wolfgang Schüssel.

En tant que chef du parti arrivé en tête, Gusenbauer devrait être invité à former le prochain gouvernement. Celui-ci devrait être issu d’une « grande coalition » avec les conservateurs, seule formule susceptible d’apporter à l’Autriche une majorité stable.

Les quelque 15% de voix récoltés par l’extrême droite empêchent en effet les sociaux-démocrates de former une alliance majoritaire avec les Verts, leurs partenaires privilégiés.

Schüssel avait pour sa part exclu de reconduire son accord avec l’extrême droite.

« Le Parti populaire n’a jamais été un interlocuteur facile dans les négociations », a prévenu Gusenbauer dans une interview au journal Österreich. Il a tout de même dit espérer conclure un accord avant fin novembre.

DÉMISSION DU GOUVERNEMENT

Conformément à la procédure, le chancelier Schüssel et son gouvernement ont présenté mardi leur démission au président Fischer, qui leur a demandé de rester en fonctions pour expédier les affaires courantes dans l’attente de la formation du prochain cabinet.

Les négociations entre SPÖ et ÖVP s’annoncent d’autant plus difficiles que les sociaux-démocrates ont vigoureusement critiqué durant la campagne la politique économique des conservateurs. Ils leur reprochent essentiellement d’avoir accentué les inégalités sociales avec une politique fiscale jugée trop favorable aux classes les plus aisées.

Les observateurs et les investisseurs ne s’attendent toutefois à aucune évolution radicale de la politique économique en Autriche, les sociaux-démocrates soulignant leur attachement à l’équilibre budgétaire. Gusenbauer a tout de même manifesté l’intention de mettre fin au programme de privatisations.

Malgré leur victoire, les sociaux-démocrates ont reculé par rapport au précédent scrutin de 2002, même si l’hémorragie de voix a été moins forte pour eux que pour les conservateurs. Outre la percée de l’extrême droite, qui a fait campagne sur la lutte contre l’immigration, les élections législatives ont été marquées par le plus faible taux de participation depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

L’Autriche a déjà été gouvernée par des grandes coalitions entre conservateurs et centre-gauche, au cours des 21 années ayant suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale puis à nouveau à la fin des années 1980 et dans les années 1990.

Ces grandes coalitions ont été saluées pour avoir enraciné la démocratie et relancé l’économie après le dernier conflit mondial. Elles ont aussi conduit à l’adhésion de l’Autriche à l’Union européenne en 1995. En revanche, les adversaires de cette formule lui imputent une paralysie de la vie politique et économique autrichienne dans les années 1990.