« L’année dernière, le président Bush fanfaronnait en déclarant, lors de son discours sur l’état de l’Union, que ‘les Etats-Unis [étaient] en train d’écrire un nouveau chapitre dans l’histoire de l’autodétermination’ au Moyen-Orient, et il promettait ‘de tout faire pour mettre fin à la tyrannie dans le monde’. Hier soir, le président avait un ton bien moins confiant et ses promesses étaient bien plus limitées », constate USA Today, qui analyse, comme l’ensemble de la presse américaine, la prestation de George W. Bush ce mardi 23 janvier lors de son discours sur l’état de l’Union.

« Il est chaque année tentant de prendre ce discours au sérieux », ironise l’éditorialiste du Los Angeles Times. « Après tout, c’est la Constitution qui requiert que, ‘de temps en temps, le président informe le Congrès de l’état de l’Union’, et même si la substance du propos n’inspire que rarement, le spectacle demeure : la Chambre au grand complet, les cris et les applaudissements, les invités surprise dans la galerie. »

« Cette année, écouter le discours était encore plus obligatoire que d’habitude. Le président Bush a voulu éviter d’apparaître comme un laissé-pour-compte, face à un Congrès à majorité démocrate et un désaveu de la population. Il a donc fait toute une série de propositions. » L’éditorialiste note toutefois que « la plupart de ces suggestions n’ont rien de neuf ». Et celles qui ont un air nouveau « doivent beaucoup à l’ancien gouverneur républicain du Massachusetts, Mitt Romney, pour ce qui touche au système de santé, et à l’actuel gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger pour les initiatives relatives aussi au système de santé mais également à l’environnement. »

« Le discours du président contenait trois discours en un », analyse The Washington Post, pour qui « George W. Bush n’a finalement pas changé sa façon de diriger. S’il a choisi un ton humble et appelé avec une certaine déférence ses opposants démocrates à coopérer, il était tout sauf sur la défensive. »

« Le premier point du discours était l’habituel couplet sur le danger terroriste et le plaidoyer pour la patience quant à la situation en Irak. Le deuxième point était un appel à une coopération entre la Maison-Blanche républicaine et le Congrès démocrate, en particulier sur la politique intérieure. Et le troisième message de Bush hier soir était peut-être son programme le plus ambitieux en matière de politique intérieure en six années de pouvoir. » Le journal relève en effet la multiplicité des thèmes abordés par le président américain : déficit budgétaire, immigration, énergie, santé, éducation.

Mais il note aussi que, « alors même que Bush appelle les démocrates à coopérer avec lui, ceux-ci négocient déjà avec les élus républicains à la Chambre pour mettre en place leur propre programme ». Un élu démocrate confiait d’ailleurs que « cette année, rien n’a changé pour le président, toujours enfermé dans sa tour d’ivoire idéologique. Mais, en revanche, ça change du côté des républicains qui siègent au Sénat et qui se disent qu’ils ne peuvent tout simplement plus suivre ce président. C’est là que réside la coopération entre les partis. »

L’éditorialiste du New York Times est particulièrement virulent à l’égard de la Maison-Blanche, jugeant que les propos présidentiels ne sont que de la poudre aux yeux. « En six ans, M. Bush n’a jamais montré le moindre intérêt pour une coopération avec son opposition, et son programme de politique intérieure, il l’a clairement annoncé voilà des années, avec des baisses d’impôts massives pour les riches et un accroissement invraisemblable de la dette du pays. »

Nous avons souvent entendu M. Bush faire des promesses en matière de santé, de coopération, de diplomatie, mais nous ne l’avons jamais vu les tenir, résume le journal. « Et ni ses promesses non tenues ni l’échec de sa politique n’ont amené M. Bush à changer d’avis. » Alors au final, juge The New York Times, « même si ce n’est pas ce que M. Bush souhaitait, son discours a pointé un fait politique majeur : il n’a plus la main. »

« Certes, le défi des démocrates est de former une réelle coalition avec les républicains de bonne volonté afin de mener à bien leur propre programme. S’ils y parviennent, M. Bush pourrait être finalement obligé de négocier. Car on peut dire ce qu’on veut des tares et des lacunes du système bipartite, après six ans de présidence Bush, nous savons au moins qu’il est infiniment meilleur qu’un système à un seul parti. »

La tâche des démocrates comme des républicains soucieux des scrutins à venir ne sera toutefois pas facile. George W. Bush n’a plus rien à espérer sur le terrain électoral, et, pour un analyste interrogé par le Washington Post, « les propositions de la Maison-Blanche ont principalement pour but de s’assurer que les candidats républicains devront, en 2008, faire campagne en restant proches des idées de George W. Bush, pas en s’en éloignant ».