Des Congolais accusés d’abus du thème de la  » congolité  » pendant la campagne électorale du 1er premier tour de l’élection présidentielle (juillet 2006) avaient été menacés d’être traduits devant la justice pour xénophobie, cette antivaleur jugée porteuse des relents séparatistes et génocidaires.

Les organisations profession-nelles des médias étaient interpellées sans cesse par la Commission Electorale Indépendante et le Comité International d’Accompagne-ment de la Transition (CEI) afin que la presse nationale se garde de relayer les messages des propagandistes politiques focalisés sur la diabolisation de présumés faux « Congolais « . Chercher à savoir qui était Congolais et qui ne l’était pas était, soutenait-on, de nature à créer une fracture sociale susceptible de faire éclater la Nation congolaise en reconstruction.

D’où, d’aucuns pensent qu’en exhumant la question de la double nationalité à l’occasion de l’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs de provinces, la Commission Electorale Indépendante vient d’ouvrir un dossier lourd de conséquences.

Travail mal fait

Il est bizarre que la CEI ait accepté d’examiner, en ce moment, une requête ayant trait à un contentieux sur la double nationalité dans le chef de Dominique Kanku et Kande Mupompa, tous deux candidats gouverneurs de l’Union pour la Nation dans les deux Kasaï. L’affaire étonne du fait que les deux incriminés avaient été proclamés députés nationaux élus par le pouvoir organisateur des élections, résultats confirmés par la Cour Suprême de Justice.

Que la nationalité de Kanku et Kande pose problème aujourd’hui, c’est la preuve que la CEI avait très mal fait son travail de contrôle des dossiers des candidatures aux différents postes électifs, nationaux comme provinciaux. Des extrémistes sont même tentés de croire que les pièces réclamées aux candidats à la présidence de la république, à la députation nationale et à la députation provinciale étaient validées sans le moindre examen.

D’où, il est permis de douter de la crédibilité même de l’ensemble du processus électoral. Au stade actuel, les électeurs congolais sont en droit de se demander qui est Congolais et qui ne l’est pas dans la masse des élus de la 3me République. Des Congolais à la double, triple, quadruple et quintuple nationalité écument certainement les couloirs du Sénat, de l’Assemblée Nationale, des Assemblées provinciales aujourd’hui et pourquoi pas ceux des ministères demain.

Un tiers d’étrangers au Sénat et à l’Assemblée Nationale

En remettant sur le tapis le dossier ultra sensible de la nationalité congolaise, voulue  » une  » et  » exclusive  » par le législateur, la Commission Electorale Indépendante vient d’apporter de l’eau au moulin des statisticiens bénévoles. A en croire des chiffres en circulation sous le manteau, le Sénat et l’Assemblée Nationale réunis compteraient plus d’un tiers de sénateurs et députés  » étrangers « . Certains d’entre eux étaient précédés par une forte publicité autour de leur double ou triple nationalité d’emprunt aussitôt après l’entrée de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) à Kinshasa (17 mai 1997), dans l’ex-République du Zaïre. Les plus courageux ont affiché de manière claire et nette leur nouvelle nationalité étrangère avant d’entrer au gouvernement comme ministre ou de servir le même gouvernement comme ambassadeur à l’ONU et ailleurs.

L’opinion congolaise a encore fraîche en mémoire la gué-guerre des ondes à laquelle s’étaient livrés plusieurs compatriotes et leurs pourfendeurs pour tenter de contrer les résultats des investigations sur leur passé aux USA ou en Europe, où ils avaient longtemps vécu comme Américains, Belges, Français, Allemands, Anglais, Hollandais, Portugais, Espagnols, Brésiliens, Canadiens, Italiens, Suisses avant de revenir au pays pour occuper des postes de responsabilités.

La Commission Electorale Indépendante ayant fait de la complaisance dans le traitement des dossiers des candidats, nombre de compatriotes doutent que les sénateurs et députés à la double ou triple carapace aient réellement renoncé à leur naturalisation.

Elus étrangers. ministres étrangers

La CEI ayant laissé passé entre les mailles de ses filets de nombreux élus à la nationalité douteuse, l’on devrait s’attendre forcément à l’entrée de plusieurs ministres étrangers dans le gouvernement Gizenga. Après le scandale de la corruption des députés provinciaux, la 3me République risque de connaître l’ère des gouvernants étrangers. Le danger d’une telle situation serait que les Congolais de pure souche ne se reconnaissent plus dans les Belgo-congolais, les Franco-congolais, les Américano-congolais, les Italo-congolais, les Anglo-congolais, les Néerlando-congolais, les Germano-congolais auxquels ils ont conféré des mandats publics, croyant naïvement avoir affaire à d’authentiques compatriotes.

Or, Gizenga devrait fatalement entamer son mandat par des mesures économiques et politiques impopulaires, compte tenu de la déliquescence du tissu économico-industriel national et de la nécessité de révolutionner les mours politiques et sociales par une lutte sans merci contre les antivaleurs. Des ministres à la nationalité douteuse auraient du mal à faire passer les pilules amères auprès des masses populaires.

Si la crise de confiance s’installe entre des millions des Congolais et leur parlement ou leur gouvernement, par suite de l’usurpation, par des  » étrangers « , de la nationalité congolaise, les cinq chantiers de Kabila risquent d’être bloqués par des querelles déchirantes autour d’une question que d’aucuns considèrent comme vitale.

La Commission Electorale Indépendante devrait peut-être revisiter les dossiers de tous les élus des derniers scrutins pour rassurer tous les Congolais sur le statut véritable de chacun. La clarification de la nationalité de chaque député national, de chaque sénateur, de chaque député provincial et de chaque gouverneur aiderait les partisans de la  » congolité  » de savoir sur quel pied danser.