BRUXELLES Le 13 décembre 2006. Une date qui restera longtemps gravée dans la mémoire des Belges. C’est le jour où la RTBF a annoncé la fin de notre pays suite à la décision de la Flandre de déclarer son indépendance. Le temps de quelques minutes (voire plus), des centaines de milliers de téléspectateurs, parfois pris de panique, ont vraiment cru à la disparition de la Belgique. Avant qu’un bandeau révèle qu’il s’agissait d’une supercherie. Rarement une émission aura fait couler autant d’encre. Scandale pour les uns, coup de génie pour les autres. Un an après sa diffusion, la RTBF a, en tout cas, décidé de marquer le coup en proposant ce soir, à 20 h 25, avec un jour d’avance sur la date anniversaire, un numéro spécial de Questions à la une qui reviendra sur les coulisses de cette incroyable supercherie. L’occasion de se rendre compte des dissensions qui se sont fait jour au sein même de la RTBF.
Derrière Bye bye Belgium , on trouve d’abord un homme, Philippe Dutilleul, journaliste à Strip-tease et Tout ça ne nous rendra pas le Congo . C’est lui qui a eu l’idée de ce faux JT. « Pour attirer le spectateur vers le programme, il fallait trouver quelque chose d’extraordinaire « , se souvient-il. « On a donc imaginé que la Flandre avait déclaré son indépendance.  » Immédiatement, l’idée remonte les différents échelons de la hiérarchie. Et les premières questions se posent. « La première chose que j’ai demandée, c’est si on avait le droit de faire ça », explique Yves Bigot, le directeur des antennes. « En France, c’est interdit. Par contre, en Belgique, il n’y a pas de délit de fausse nouvelle. » François De Brigode accepte sans se faire prier de jouer le jeu pour présenter l’émission. Mais tous sont loin de partager son avis. Comme Hervé De Ghellinck, rédacteur en chef politique : « J’étais pour une vraie fiction, mais pas un faux JT. C’était tricher avec les téléspectateurs. On ne pouvait pas faire ça ! » Idem pour Johanne Montay : « Dire le faux dans un but pédagogique, ça n’allait pas. Ça allait au-delà de mes principes et je me sentais instrumentalisée. » D’autres, par contre, adhèrent complètement à l’idée. « Pour moi, la fin justifie les moyens », clame Christophe Deborsu.
Finalement, le grand soir arrive. François De Brigode prend l’antenne : « Bonsoir à tous, l’heure est grave » . Immédiatement, le standard téléphonique de la RTBF est submergé d’appels. On voit à la mine déconfite de l’administrateur général, Jean-Paul Philippot, que personne n’avait imaginé un tel impact. « Même lorsqu’on a fait défiler le bandeau annonçant que c’était une fiction, les gens allaient chez leurs voisins demander ce que ça voulait dire » , se souvient Yves Thiran. En coulisses, ça chauffe. « Quand j’ai vu l’ampleur que ça prenait, j’ai piqué une colère monstre », explique Hervé De Ghellinck. « J’ai pensé à démissionner car je ne voulais pas cautionner ça. »
Un an plus tard, personne n’a oublié. Et Bye bye Belgium est plus que jamais d’actualité au regard de la crise que le pays traverse…