On les disait
indécis mais les Français ont massivement fait
le choix de la clarté lors du premier tour de la
présidentielle, observent lundi la plupart des
éditorialistes hexagonaux, lesquels se penchent
déjà sur un duel qui, au second tour, aura
François Bayrou pour arbitre.
Après le séisme provoqué en 2002 par la présence
de Jean-Marie Le Pen au second tour, cette
présidentielle consacre "le retour de la
bipolarisation de la vie politique française",
annonce Le Figaro, qui illustre sa "une" des
portraits de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal,
qualifiés pour le "Duel au sommet".
"Au-delà du souvenir douloureux de 2002, les
Français ont voulu que s'ouvrent devant eux deux
chemins, nettement dessinés sur la carte de
l'Histoire", note Laurent Joffrin dans
Libération. "La France a choisi la clarté."
Françoise Fressoz relève dans Les Echos que
chaque premier tour réserve sa surprise.
François Bayrou et Jean-Marie Le Pen avaient
bien été présentés ces dernières semaines comme
les trouble-fête d'un scrutin forcément
incertain.
Mais "la surprise du 22 avril 2007, c'est qu'il
n'y en a pas eu", souligne l'éditorialiste du
quotidien économique. "Fin du séisme, retour au
classique. 2007, c'est l'anti-2002."
Jean-Yves Boulic, dans Ouest-France, se réjouit
comme nombre de ses confrères de "cette marée du
peuple français vers les urnes ou les boutons
électroniques". La participation atteint le
chiffre record pour un premier tour de 84,5%, ce
qui fait du peuple français "le grand gagnant"
de la présidentielle, selon François Xavier
Pietri, de La Tribune.
Pour tous les quotidiens, le grand perdant de ce
premier tour est le Front national. "Le reflux
du lepénisme a commencé", claironne même
Jean-Yves Boulic.
"Nicolas Sarkozy lui ayant mangé la laine
électorale sur le dos, le vieux chef frontiste
n'a pu rééditer le casse du siècle", estime
Pierre Taribo dans L'Est républicain.
"L'épicerie fine continue"
Les éditorialistes sont plus partagés quant à
l'analyse du phénomène Bayrou. Pour
Ouest-France, il a perdu son pari car, s'il y a
"enfin un centre en France", comme s'en est
réjoui dimanche le député des
Pyrénées-Atlantiques, "ce centre n'a pas de
candidat pour le second tour", rétorque
Jean-Yves Boulic.
Dans L'Est républicain, Pierre Taribo juge au
contraire que François Bayrou "aurait tort de
ressentir la grande mélancolie d'un destin
manqué". Avec 18%, il "devient l'homme pivot",
"celui qui tient entre ses mains le sort de
Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal".
Pour Jean-Michel Bretonnier, éditorialiste de La
Voix du Nord, "les finalistes devront entendre
la voix de ces sept millions d'électeurs qui se
sont portés sur François Bayrou".
Le président de l'UDF serait donc vraiment le
troisième homme, lui qui a selon Françoise
Fressoz, des Echos "fait en sorte que ses
électeurs soient la clef du second" tour.
L'émotion soulevée par les résultats du premier
tour est ainsi à peine retombée que s'est déjà
ouvert "le grand marché des reports", selon
Pierre Taribo.
"Pendant la présidentielle, l'épicerie fine
continue", prévient-il en "une" de L'Est
républicain. Et "dans un match au finish, chaque
miette a son importance."
Mais attention, avertit Jean-Michel Bretonnier,
"cet électorat n'est pas qu'une manne de voix
dans laquelle puiser pour le deuxième tour. Ce
sont des hommes et des femmes qui voulaient que
la gauche rompe avec certains archaïsmes
radicaux et la droite avec certains réflexes de
classe."
Tout reste donc "ouvert" pour le 6 mai, selon Le
Parisien-Aujourd'hui en France.
Ce sera la première fois qu'on assiste à un
deuxième tour entre un homme et une femme,
observe Ouest-France. Le premier quotidien du
pays s'enthousiasme pour une "fête de la
démocratie" qui a vu la France "se ressaisir".
Reste que la mobilisation massive des Français
lors de ce premier tour "pose aussi les termes
d'une exigence forte, une attente
exceptionnelle, l'inverse de l'immobilisme",
selon l'éditorialiste de La Tribune,
François-Xavier Pietri.
"Le prochain président n'aura pas le droit à
l'erreur." |