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Voici une
réponse extrêmement sensé de P. Cloutier
que j'ai trouvé sur le site suivant :
http://pages.infinit.net/pclou200/1994enc.htm
La poule ou l'oeuf ?
Ma réponse à cette question est
tellement simple que beaucoup vont en
être déçus. Qui est venu en premier, la
poule ou l'oeuf ? C'est l'oeuf, bien
entendu ! Après tout, comment
voulez-vous avoir une poule sans qu'il y
ait eu d'abord un oeuf ?
Mais, vous allez me dire : c'est la même
chose, comment avoir un oeuf sans poule
?
Il y a mille façons. La nature ne cesse
d'imaginer de nouveaux moyens de
fabriquer des oeufs. La plus simple est
la réplication. C'est-à-dire qu'une
cellule - et un oeuf est une cellule -
se dédouble en recueillant dans le
milieu environnant, atome par atome, le
matériel nécessaire à faire une copie
parfaite d'elle-même.
L'oeuf peut très bien se reproduire sans
poule, c'est-à-dire sans enveloppe
protectrice, simplement en se laissant
flotter dans un milieu liquide, attirant
au passage, par simple réaction
chimique, les atomes dont il a besoin
pour faire une copie de lui-même. Mais,
arrive un jour où le milieu devient
saturé d'oeufs et où la matière première
vient à manquer. Les oeufs en formation
continueront à flotter au hasard,
attendant la rencontre improbable de
matériaux disponibles. Ils sont comme
des maisons en construction
momentanément abandonnées faute de
matériaux.
Cependant, certains oeufs plus chanceux
se découvriront la possibilité de
pouvoir capter directement sur leurs
voisins l'atome qu'ils recherchent.
Parfois cet atome se détachera et alors
l'oeuf plus chanceux l'aura « volé » à
l'autre, qui voit alors sa survie
compromise. C'est comme si un
entrepreneur décidait de terminer une
maison avec des briques prises sur les
autres.
Mais il se peut, aussi, que l'oeuf plus
chanceux capte un atome et du même coup,
tout l'oeuf qui était jusque-là
propriétaire de cet atome. On a ici une
association de deux oeufs qui aboutira à
la survie d'au moins un des deux. Et il
n'y a pas de raison que l'association
s'arrête à deux. Progressivement, l'oeuf
plus chanceux, c'est-à-dire celui qui
possède cette capacité de s'entourer des
cadavres de ses voisins en manque de
matériaux, attirera d'autres atomes qui
viendront avec leur ancienne structure
former une véritable membrane autour de
lui.
Pendant le processus de dédoublement, la
cellule est très vulnérable. Si bien que
celle qui réussit à s'entourer d'une
enveloppe protectrice accroît ses
chances de rendre la réplication à terme
et donc de donner naissance à une
nouvelle cellule. Cette nouvelle
elle-même devrait aussi posséder cette
caractéristique de pouvoir s'approprier
de force les matériaux nécessaires à sa
réplication. Peu à peu, ces oeufs plus
chanceux deviendront plus nombreux,
jusqu'à prendre toute la place et à
susciter une nouvelle compétition,
encore plus féroce, pour la recherche
des matériaux - c'est-à-dire la
nourriture - et qui devrait aboutir à
une nouvelle phase d'évolution.
Cette enveloppe protectrice devient donc
un objet d'évolution. De simple membrane
qu'elle était au départ, elle deviendra
carapace. Puis, elle se dotera de
membres pour pouvoir se déplacer, puis
d'yeux pour pouvoir se diriger, puis le
trou par où entre la matière extérieure
nécessaire à la réplication se
transformera en bouche avec des dents,
puis un estomac où s'effectue la
digestion, suivi d'un tube par où sont
rejetées les matières inutiles.
La première poule fut probablement ce
genre de membrane formée de restants
d'oeufs voisins moins chanceux au jeu de
la survie. Aujourd'hui, toutes les
formes de vie, de la plante à
l'éléphant, en passant par la poule et
l'humain, sont l'équivalent de telles
membranes qui permettent à l'oeuf, ou à
la graine qui leur a donné naissance, de
se répliquer.
Il reste la question corollaire : qui
est venu en premier, l'oeuf dur ou le
poulet froid mayonnaise ? |