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Quand un
musicien a le trac avant une
représentation, on dit en anglais que sa
pomme d'Adam grossit à l'en étouffer.
New-York étant rapidement devenu l'un
des hauts lieux du jazz, les musiciens
l'ont désigné "the big apple", par
référence à l'émotion provoquée à l'idée
de jouer dans un endroit si prestigieux.
En français, on pourrait traduire ce
surnom par "le grand trac".
Toutefois, la véritable explication est
antérieure à cela. Après la révolution
française, des aristocrates ont émigré
aux Etats-Unis pour échapper à la
guillotine et à la Terreur. En 1803,
Mlle. Evelyne Claudine de Saint-Évremond
se réfugie à New-York. Cultivée, belle,
élégante et raffinée, elle ne tarde pas
à charmer la haute société new-yorkaise,
et l'année suivante elle doit épouser
l'un des plus fortunés d'entre eux, John
Hamilton, qui cependant annule le
mariage à la dernière minute.
Elle ouvre dans la foulée un "salon" au
142 Bond Street, un des quartiers les
plus luxueux, qui accueille des
européennes cultivées et l'élite
masculine de la ville. Ce n'est pas un
"bordel" insalubre comme il en existait
à New-York : les jeunes gens sont
attirés par les qualités intellectuelles
des demoiselles d'Evelyne et les
fastueuses réceptions qui y sont
données, ainsi que par la discrétion de
celles-ci. Les employées d'Evelyne en
profitent bien entendu pour essayer de
se marier à l'un de leurs clients.
Les new-yorkais étaient amusés par
l'origine biblique du nom d'Evelyne,
qu'ils appelaient Eve, et elle a
surnommé ses filles : "mes pommes
irresistibles" par référence à la pomme
d'Eve. Les jeunes hommes de bonnes
familles ont rapidement pris l'habitude,
pour désigner leur visite chez Eve,
d'utiliser ce terme : "aller goûter les
pommes d'Eve".
En 1870, L'Annuaire des Gentlemen de
New-York (Gentleman's Directory of New
York City) utilise ce terme pour parler
des maisons closes en toute discrétion.
Il y note : "de par leur fraîcheur, leur
douceur, leur beauté et leur fermeté au
toucher, les pommes de New-York sont
supérieures à toutes celles du Nouveau
Monde, et même de l'Ancien".
New-York est alors désigné par tout ce
qui a trait aux pommes : le Pommier, la
Vraie Pomme, etc. C'est l'endroit des
Etats-Unis où l'on compte la plus grande
densité de maisons closes. En 1892, le
candidat William Bryan dénonce dans sa
campagne la corruption et la débauche
qui sévissent à New-York en ces termes :
"New-York est la plus folle des pommes
pourries sur l'arbre du fédéralisme
décadent". Les électeurs ont très bien
compris le double sens de sa phrase.
C'est au début du XXème siècle, alors
que tout le monde appelait New-York "The
Apple" ou "The Big Apple", bien que
l'esprit "festif" ne soit plus
d'actualité et se soit déplacé au Sud
Ouest des Etats-Unis, que des conseiller
en communication commencent à avoir
l'idée d'exploiter ce surnom largement
répandu, mais plus adapté et aux
origines sulfureuses. Ils vont utiliser
les slogans "an apple a day keeps the
doctor away" et "as american as apple
pie" pour modifier tant l'image de la
pomme que celle de New-York. Dans les
années 30, pendant la grande dépression,
des pommes seront distribuées aux
pauvres. Et juste après cela, les
jazzmen reprendront à leur compte
l'explication de "The Big Apple" pour
qualifier New-York, comme expliqué en
début d'article. |