Jean-Marie Le Pen
est décidément l’homme des surprises. En 2002,
le président du Front national provoquait un
séisme dans la vie politique française en
parvenant à se hisser au second tour de
l’élection présidentielle. En 2007, pour sa
cinquième et ultime course à l’Élysée, il
affirmait haut et fort qu’il rééditerait son
exploit. C’est un échec retentissant.
Avec 10,51% des suffrages contre 16,86% en 2002,
il est quatrième, loin derrière François Bayrou.
Il a perdu près d’un million de voix en cinq
ans, ce qui lui interdit de jouer les arbitres
au second tour. Dès l’échec de Le Pen annoncé
par les télévisions, les critiques fusaient
mezzo voce contre Marine, la fille du président.
Promue directrice stratégique de la campagne,
elle avait tenté de moderniser l’image de son
père. La vieille garde l’a aussitôt accusée
d’avoir rendue illisible la ligne du FN.
"Quelles ont été les idées mobilisatrices?,
s’interroge un cacique, membre du bureau
politique. D’un côté, Le Pen a défendu la
République à Valmy et lancé un appel aux
Français d’origine étrangère. De l’autre, il a
reproché à Sarkozy ses origines hongroises."
"Tout miser sur le dédiabolisation était
insuffisant. Il fallait donner du sens",
renchérit un cadre.
Pour les militants venus à l’espace Équinoxe,
dans le XVe arrondissement de Paris, à 20
heures, ce fut une douche froide. "On se
croirait au QG de Jospin en 2002", déplorait une
participante. Des larmes coulaient sur la joue
de la petite-fille de Jean-Marie Le Pen. Sur le
coup, plusieurs militants annonçaient leur
intention de "quitter le pays". La colère fut
d’abord dirigée contre les médias, accusés
d’hostilité à l’égard de leur mentor et de
"complicité" avec le "système".
Puis elle se concentra sur Nicolas Sarkozy
coupable, selon eux, d’avoir "volé" les idées du
FN. La venue de l’humoriste controversé
Dieudonné - une incursion d’une dizaine de
minutes - n’a pas suffi à faire diversion. Elle
a provoqué des réactions contrastées:
acclamations et huées. Quant à Bruno Mégret, le
président du MNR, rallié à Le Pen pour la
présidentielle, il faisait lui aussi grise mine.
Il a passé une tête vers 22h30.
Le clou du spectacle restera la danse du
président du FN. A 21h20, après un discours
mobilisateur à destination des jeunes et une
Marseillaise rapidement expédiée, Jean-Marie Le
Pen a rejoint sur la piste ses invités et ouvert
le bal. Pour montrer qu’un vieux soldat ne se
laisse jamais abattre. |