Jean-Marie Le Pen
essuie son premier grand recul depuis 1988,
début d'une ascension qui l'avait vu il y a cinq
ans se qualifier pour le second tour aux dépens
du candidat socialiste.
Le président du Front national arrive en
quatrième position derrière le centriste
François Bayrou.
Il obtient 10,51% (3,8 millions de voix) selon
les résultats du ministère de l'Intérieur, soit
un million de voix de moins qu'en 2002, alors
que le nombre des votants est cette fois
supérieur.
Ce revers s'explique à la fois par un taux de
participation historique et l'efficacité la
campagne de séduction menée par le prétendant de
l'UMP, Nicolas Sarkozy, auprès de l'électorat
frontiste, soulignent des politologues.
"Je crains que les Français n'aient été abusés
et je leur prédis avec tristesse des lendemains
qui déchantent", a réagi le dirigeant d'extrême
droite devant ses partisans.
Jean-Marie Le Pen, qui conserve une capacité de
nuisance, selon l'expression de ses adversaires,
détient une partie de la clé du second tour pour
le président de l'UMP.
Il a confirmé qu'il préciserait sa position le
1er mai, lors du traditionnel défilé du FN en
l'honneur de Jeanne d'Arc, à Paris.
Louis Alliot, secrétaire général du FN, a laissé
entendre sur France 2 qu'il serait difficile
pour son parti d'appeler à voter "pour l'un ou
l'autre des candidats" du second tour, qui ont
"une même vision de l'avenir, celle de l'Europe
de Bruxelles."
"Bataille des idées"
Prié de dire si Jean-Marie Le Pen pourrait
préconiser l'abstention, il a répété qu'une
décision serait annoncée le 1er mai.
"Dans quelques jours, François Bayrou se vendra
au plus offrant mais les électeurs du Front
national ne se vendront à personne", a renchéri
Marine Le Pen, vice-présidente, sur TF1.
Parti à 0,75% pour son premier scrutin
présidentiel en 1974, Jean-Marie Le Pen avait
obtenu 14,37% en 1988, 15% en 1995 et 16,86% en
2002.
Marine Le Pen a nié que le FN ait subi "un coup
d'arrêt." "Le Front national est plus que jamais
nécessaire, il reste la seule grande force
d'opposition", a-t-elle déclaré.
Jean-Marie Le Pen a tenté de minimiser son échec
en revendiquant une victoire sur le terrain des
idées.
"Nous avons gagné la bataille des idées, la
nation et le patriotisme, l'immigration et
l'insécurité ont été mis au coeur de la campagne
par des adversaires qui, hier encore, écartaient
ces notions d'un air dégoûté", a-t-il dit.
En dépit de ses rodomontades, le président du
FN, qui aura 79 ans en juin, semblait avoir
anticipé depuis plusieurs semaines sa défaite,
au terme d'une campagne marquée par son âpre
concurrence et des convergences avec Nicolas
Sarkozy.
Cherchant à desserrer le "cordon sanitaire"
placé par les partis institutionnels autour du
FN depuis les élections régionales de 1998,
Jean-Marie Le Pen a tout d'abord mené une
campagne de "père tranquille" axée
essentiellement sur les médias, en duo avec sa
fille Marine.
Satisfait de voir Nicolas Sarkozy et, dans une
moindre mesure, Ségolène Royal reprendre
certains de ses thèmes de campagne, en
particulier sur le patriotisme, il pensait avoir
gagné au fil de la campagne en crédibilité,
allant jusqu'à évoquer un rapprochement avec
l'UMP.
"Monsieur Sarkozy est quelqu'un avec qui l'on
peut parler", assurait-il par opposition à
Jacques Chirac, dont il dénonçait la "haine
viscérale" à son encontre.
Toutefois, le pas de deux Le Pen/Sarkozy a
tourné court quand le président de l'UMP a
rabroué son lieutenant Brice Hortefeux, qui
venait d'évoquer la possible introduction d'une
dose de proportionnelle aux législatives.
Tandis que la gauche en profitait pour brandir à
nouveau le danger Le Pen et remobiliser son
électorat, le dirigeant du FN a pris tardivement
conscience de l'attraction exercée par Nicolas
Sarkozy sur son électorat.
Pour tenter de décrédibiliser son adversaire,
Jean-Marie Le Pen s'est d'abord rendu sur la
dalle d'Argenteuil, lieu symbolique de la
banlieue parisienne où, selon lui, l'ex-ministre
de l'Intérieur n'ose plus se rendre.
Puis il s'en est ensuite pris aux origines
étrangères - hongroise et grecque - de Nicolas
Sarkozy, jugeant qu'il était disqualifié d'un
point de vue moral pour briguer l'Elysée, et a
multiplié les allusions sur les relations au
sein du couple du candidat UMP. |