Nicolas Sarkozy et
Ségolène Royal s'affronteront le 6 mai pour
succéder à Jacques Chirac, qualifiés au terme du
premier tour de la présidentielle marqué par une
participation massive, la rémanence de la
bipolarisation droite-gauche et le net recul du
Front national.
Le candidat de l'UMP a recueilli plus de 30% des
suffrages, selon des résultats partiels portant
sur 84,96% des inscrits, et la candidate du
Parti socialiste plus de 25%. Tous deux, âgés
respectivement de 52 ans et 53 ans, incarnent
une nouvelle génération politique.
Nicolas Sarkozy, qui paraît avoir largement
mordu sur l'électorat d'extrême droite, réalise
le meilleur score au premier tour d'un candidat
de droite depuis Valéry Giscard d'Estaing en
1974 et surclasse Jacques Chirac, dont la
meilleure performance au premier tour était de
20,84% en 1995.
Ségolène Royal efface le "traumatisme" du 21
avril 2002 à gauche, dépasse le score cumulé de
Lionel Jospin, Christiane Taubira (PRG) et
Jean-Pierre Chevènement (MDC) en 2002, et
s'approche du score de François Mitterrand en
1981 (25,85%).
Le réflexe du "vote utile" semble avoir joué à
plein après la dispersion de 2002 et lamine la
gauche de la gauche, dont seul Olivier
Besancenot, candidat de la Ligue communiste
révolutionnaire (LCR), émerge avec un score
équivalent à celui de 2002 (4,25%).
Ce scrutin, marqué par une mobilisation
exceptionnelle de l'électorat à plus de 84%,
illustre l'ancrage du clivage droite-gauche dans
le paysage politique en dépit de la percée de
François Bayrou, qui perd son pari du "ni droite
ni gauche".
"Venez hommes et femmes de France"
Le candidat de l'UDF arrive en troisième
position avec plus de 18% des suffrages, mais il
triple pratiquement son score de 2002 (6,84%),
ce qui valide sa stratégie d'indépendance.
Après la qualification-surprise de Jean-Marie Le
Pen en 2002 avec 16,86% des voix, le Front
national enregistre un net recul à moins de 11%.
Jean-Marie Le Pen, qui avait régulièrement
progressé dans les urnes, subit son premier
camouflet électoral depuis sa première
candidature de 1974.
Nicolas Sarkozy a lancé un appel à "tous les
Français de bonne volonté" pour qu'ils
"s'unissent" à lui le 6 mai.
"Cette France fraternelle, ce rêve français,
j'invite tous les Français de bonne volonté,
quelles que soient leurs origines, quelle que
soit leur croyance, quel que soit leur parti, à
s'unir à moi pour qu'ensemble nous puissions la
bâtir", a-t-il déclaré lors d'une allocution au
QG de l'UMP, avant de s'offrir une traversée de
Paris en voiture, comme le fit Jacques Chirac au
soir de sa victoire en 1995.
Le Premier ministre, Dominique de Villepin,
qu'une rivalité farouche opposait à l'ancien
ministre de l'Intérieur, a salué son "excellent
score". "C'est la victoire du parler vrai", a
estimé l'ancien Premier ministre Alain Juppé,
autre figure du dernier cercle chiraquien.
Un front anti-Sarkozy s'est dessiné dès dimanche
soir : Marie-George Buffet, Dominique Voynet,
Arlette Laguiller ont appelé à voter Ségolène
Royal, tandis qu'Olivier Besancenot et le leader
altermondialiste José Bové invitaient à "faire
barrage" au candidat de l'UMP, sans se prononcer
formellement pour la candidate du PS.
Ségolène Royal a dit "tendre la main" à "toutes
celles et ceux qui pensent comme moi non
seulement possible mais urgent de quitter un
système qui ne marche plus".
"Venez hommes et femmes de France, de tous âges,
de tous milieux, de tous territoires et toutes
origines! Venez forces vives de notre belle
nation! Serrons-nous les coudes! Ensemble nous
allons rendre le sourire à notre pays. Ensemble
nous allons conjurer les mauvais démons de la
déprime et du déclin", a-t-elle lancé.
"Il y a enfin un centre en France"
Un débat télévisé opposera les deux prétendants
le 2 mai. Selon un sondage Ipsos, Nicolas
Sarkozy l'emporterait au second tour avec 54%
des voix contre 46% à Ségolène Royal. CSA prédit
une victoire sarkozyste à 53,5% contre 46,5% à
sa rivale.
Jean-Marie Le Pen, qui donnera ses consignes de
vote le 1er mai, a dit craindre que "les
Français aient été abusés", visant Nicolas
Sarkozy et ceux qui "se sont emparés des idées
du FN".
"Je leur prédis avec tristesse des lendemains
qui déchantent", a dit le président du Front
national. "Les électeurs du FN ne se vendront à
personne", a renchéri sa fille Marine.
François Bayrou, serein, s'est réjoui d'"une
bonne nouvelle" pour la France et s'est gardé de
toute consigne.
"A partir de ce soir, la politique française va
changer et elle ne sera plus jamais comme
avant", a-t-il déclaré. "Il y a enfin un centre
en France". "Cette espérance que nous avons fait
naître, j'en ai la charge je ne l'abandonnerai
pas, ni une minute, ni une seconde pendant les
jours, les semaines et les mois qui viennent".
Le ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo,
soutien de Nicolas Sarkozy, a esquissé une
première tentative de rapprochement en
souhaitant que "les gens qui n'ont pas
exactement les mêmes idées puissent travailler
ensemble".
Le candidat souverainiste du Mouvement pour la
France (MPF), Philippe de Villiers, n'a pas
donné de consigne de vote. Il dépasse les 2%,
alors qu'il avait réalisé 4,74% en 1995.
La communiste Marie-George Buffet recueille
1,92% selon des résultats partiels à 23h00
(3,37% pour Robert Hue en 2002), la candidate de
Lutte ouvrière Arlette Laguiller 1,41% (5,72% en
2002), le candidat altermondialiste José Bové
n'obtient que 1,34%. Le candidat du Parti des
Travailleurs Gérard Schivardi est crédité de
0,36%.
La candidate écologiste Dominique Voynet réalise
un faible score d'environ 1,57%, qui confirme
l'érosion des Verts. En 2002, Noël Mamère avait
recueilli 5,25%. Le candidat de Chasse Pêche
Nature Tradition (CPNT), Frédéric Nihous,
dispose d'environ 1,30% (4,23% pour Jean
Saint-Josse en 2002). |